"Zenland"
sorti fin 2007
Un espace de 9 années entre un nouvel album et le précédent, c'est soit un congé sabbatique, soit une longue maladie, soit du perfectionnisme ce qui revient à peu près au même. J'étais sorti de mon dernier concert, en octobre 98 du côté de Strasbourg, très déçu d'avoir pu appeler par son prénom à peu près chaque spectateur dans la salle.
Quelques semaines plus tard et d'une extrème à l'autre, la poignée d'amis dont je faisais partie atteignit le sommet du Mera Peak qui domine la vallée du Kumbu au Népal, à 6500m d'altitude. Avec ce constat politiquement très incorrect que même la scène du Madison Square Garden n'aurait pu me procurer le dixième de ces sensations là. Le Cho Oyu, le Makalu et l'Everest se dressaient à un jet de pierre devant nous, dans une lumière de paradis, et l'ascension du Mera n'avait été qu'une des 20 étapes d'un périple himalayien qui restera peut être la période la plus intense de ma vie.
Mais pour redescendre à la chanson française, il faut bien avouer qu'à quelques rares exceptions près, elle ne m'a jamais fait planer. Les tableaux qui m'attirent n'ont guère la faveur du genre: une chaise en toile sous un arbre, un oiseau qui s'envole, la foulée du coureur dans un chemin... Plus que des histoires: de la préhistoire. Marcher, dormir, caravanes de sel et chutes du Zambèze... Qui en France à part Manset, fignole avec obstination cette poésie du primitif.
Je reste un type qui a besoin de progresser, d'apprendre. Sur lui-même, entr'autre. Je ressens mon parcours comme une longue errance jalonnée d'accidents heureux ou malheureux, de trouvailles et d'échecs. Un brouillon de vie. Avec au départ sans doute une remise en question sociale sourde et maladroite.
Après des années de doute et de changements, entre 99 et 2005, Zenland est né de l'envie d'une ambiance meilleure! Les détails d'un son particulier se sont peu à peu précisés, comme les ingrédients d'un élixir miraculeux. Le filtre fut minutieusement appliqué sur les titres collectionnés, avec cette obstination égocentrique qui pousse aux longues traversées solitaires, dans la consternation des proches et la quasi clandestinité.
Christian Noaille, mon manager et ami fidèle depuis 93, s'enthousiasmait de cette nouvelle palette sonore et me poussa à refaire "quand le soleil se lève", une chanson de l'album précédent. Il avait aussi demandé qu'on en lise le texte à ses obsèques. Ce qui fut fait. Pendant des années, il avait tenu mes affaires à bout de bras. Dans le fatras des ruines de l'industrie du disque, il avait obtenu la distribution de ce nouvel album pour la fin 2006. Sa disparition subite annula tout. Mais il n'aurait pas aimé que ma carrière musicale soit enterrée avec lui, dans ce petit village aux confins du Limousin et de l'Auvergne.
Quatrième fignolage d'une anomalie, Zenland (le détachement) est dédié à Christian Noaille, qui savait ma reconnaissance. Echo fuyant sur un radar détraqué, chanson française définitivement irréaliste (loin des français?), voici le bruissement d'un monde meilleur et décalé, l'appel d'une destination imaginaire qu'en général on n'atteint pas de son vivant...
"ZENLAND"
Paroles, musiques et tous jobs: PS
Voix féminine sur 5, 7, 9 et 10: Esma D
6 contient un extrait de "I'll never turn back" (B. Reles) par Mahalia Jackson (env. 1942)
Editions: D. R. sauf 3: MCA Music France / Fantasia
Illustration: PS. Graphisme: Anastasia Brodnikova
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