"Le nouveau monde"
sorti en Avril 1992

Quand les Raft se sont séparés, je me suis retrouvé seul sur le quai, isolé et libre à la fois, comme un sous-marinier démobilisé. C'était vers l'été 1990 et j'avais hâte de m'éloigner de Paris, de dire enfin les choses à ma manière, sans me soucier si cela plairait ou non.

Contre toute attente, le label Virgin accrocha dès mes premières démos (envoyées par la poste) et me proposa un contrat d'artiste. Le premier album a donc été enregistré en août et septembre 91 sous la direction de Robin Millar (qui avait produit entr'autre Sade et les Fine Young Cannibals) derrière les colombages de Farmyard, studio-résidence à 70 km de Londres, en pleine campagne anglaise.

Les week-ends, quand le reste de l'équipe rentrait à la capitale, je préférais arpenter les "public footpaths" de la région, des sentiers pédestres dont le tracé n¹a pas changé depuis le moyen age et qui restent un principe sacro-saint dans la mentalité rurale anglaise. Bizarrerie typiquement britannique, il n'est pas rare que la piste coupe en biais une parcelle du cadastre moderne, un jardin privé, un champ de blé, un cimetière ou même un terrain de sport. Et tout le monde trouve normal qu'il faille interrompre la tonte du gazon ou le match en cours pour laisser passer le pèlerin.

Wasis Diop était une connaissance de Robin et l'idée de saupoudrer tout l'album des percussions improvisées du sénégalais était aussi la sienne. La camionnette du loueur d'instruments s'était garée en marche arrière dans la porte à battants du studio et avait déversé toute la quincaillerie exotique, tout le chantier de lamelles et de tuyaux sur le tapis, entre les deux micros Neumann préchauffés. Wasis s'est assis en tailleur au milieu du désordre et l'enregistrement commença comme ça, sans pré-écoutes ni directives.

Dans le civil, Wasis est un prince de presque 2 m qui habite sur une île au large de Dakar. Le reste est difficile à comprendre pour un occidental. Quant à Tanita Tikaram...

Au départ, la suggestion n'avait été qu'une blague de ma part, après un repas du soir un peu arrosé. Rapidement, Robin arrangea le contact avec son management et Virgin France régla au pied levé les histoires contractuelles. Les vocaux de la belle métisse furent enregistrés aux studios Mayfair, à Londres, et j'en garde un souvenir frustrant. On m'avait prié de quitter les lieux pendant les prises et l'horrible manager était resté collé comme un chewing gum aux basques de sa protégée. Même après la séance, quand le protocole britannique m'accorda le droit de boire un thé avec elle.

Produit d'une organisation vieille école, d'une époque révolue, "le nouveau monde" est un album à grand budget et cela s'entend: sous la baguette du chaleureux Robin Millar, l'argent fut dépensé avec professionnalisme, originalité et bon goût. Je rentrais du royaume de la pop et ses orfèvres les plus titrés venaient de chromer mes élucubrations.


"LE NOUVEAU MONDE"

  1. A la Nouvelle Orléans
  2. Le long chemin
  3. Je te voudrai quand même (avec Tanita Tikaram)
  4. Mille ans de solitude
  5. I feel like running away
  6. Rosanna Azalée
  7. Traverser la rivière
  8. La chanson de Mathusalem
  9. Le vieux navire
  10. The corn and tobacco fields

Paroles et musiques : PS

Réalisation : Robin Millar

PS : voix, guitares, basse (8), programmations (accordéon, talking drums...)
Pete Davis : claviers, synthétiseurs, programmations (drum kit, basse...)
Waziz Diop : percussions africaines et latines, basse (7)
Tanita Tikaram : voix (3)

Enregistrement et mixage : Jock Loveband assisté de Berhard Speyer et Scott Weeks aux studios Farmyard, UK
Enregistrement de Tanita Tikaram: Jock Loveband assisté de William O'Donovan aux Studios Mayfair, Londres UK
Montage numérique: Ian Silvester
Mastering : Tim Young à Hit factory
Editions : MCA Music France
Conception graphique: LIMCA
Photo: Danny Willems

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